Je suis humain. Pour le moment. Dans quelques temps, les machines aussi auront leurs blogues, sur lesquels elles discuteront de l’intérêt à accorder aux êtres vivants.

OLYMPUS DIGITAL CAMERACette photo n’est pas de moi. Il y a quelques années, j’ai décidé de limiter ma présence sur les réseaux. Me dissimuler sous un masque, en l’occurrence un dessin graffé sur un mur, me rassure. Me libère. J’ai conscience qu’à l’heure du selfie, cette démarche a quelque chose d’incongru, de suranné. Cela aussi me rassure.

J’ai quatre enfants, dont trois adolescents qui passent un temps, plus ou moins long (tout est relatif n’est-ce pas ?) devant un écran. Un chat aussi, qui se fout de la littérature de science-fiction, au moins autant que Trump se moque du réchauffement climatique. Il parait qu’il ne sait pas lire, mais je doute que ce soit la seule raison. Une personne me supporte. Elle partage ma vie.

Je vis quelque part en France. Pas très loin de la mer, que je visite de temps en temps. Je n’ai pas besoin de la voir tous les jours, simplement de savoir qu’elle est là. J’aime les étangs qui me séparent d’elle. Regarder les oiseaux. À l’aube, écouter le silence qui fige l’instant. Le soir, seul, je cours sur les chemins qui bordent ces morceaux de nature encore sauvage. Quand il y a du vent, les arbres me parlent. Parfois, ils courent avec moi. Certaines personnes prétendent qu’ils sont immobiles, je crois qu’ils n’en ont jamais vus.

J’écris des nouvelles. Pas nécessairement de la science-fiction. Lorsque je commence à pianoter sur mon clavier, je ne sais jamais où je vais. Ce sont les personnages qui me guident. Quand j’écris ou quand je lis, le genre m’importe peu. Qu’elle soit contée au présent, au passé ou au futur, une belle histoire, des personnages auxquels je m’attache et des mots justes me suffisent. Je suis pudique, mais ému par beaucoup de choses. Un jour, j’ai pleuré en regardant une danseuse de flamenco virevolter devant un orchestre qui interprétait le « Boléro » de Ravel. Je ressens cette même intensité quand je vois un héron cendré glisser sous le vent ou un enfant serrer une peluche au moment d’affronter la nuit.

Il y a quatre ans, avec ma compagne et nos quatre enfants, nous sommes partis autour du monde. Pendant neuf mois j’ai écrit, pris des photographies et me suis enivré de la beauté du monde. À mon retour, j’ai repris des études de lettres. Je crois que j’essaye d’être libre. Durant notre périple, j’ai repéré quelques coins sur la carte du monde. Des lieux où je me verrais bien vivre. L’île d’Arran en Écosse. Sifnos dans l’archipel des Cyclades. Les rives verdoyantes du Queen Charlotte Sound en Nouvelle-Zélande. Les rues animées de Phnom Penh. Liste non exhaustive.

Cet été, j’ai vendu ma voiture. Je me sépare peu à peu de tout ce qui me semble superflu. Je tente un retour à une forme de vie plus simple, tournée vers la nature. Oui, je suppose que pour beaucoup cela rime ironiquement avec l’élevage d’un troupeau de chèvres sur le plateau du Larzac. J’ai suivi toute ma scolarité en Afrique. Je n’oublie pas d’où je viens, que l’homme fut nomade bien longtemps avant de se sédentariser. La nature m’apaise. Qu’elle se déchaine bruyamment ou qu’elle rugisse en silence, elle s’exprime. Toujours avec sincérité. L’évidence d’un environnement sauvage, à l’écart du regard des hommes, me touche. Profondément.

La ville m’ennuie. À l’asphalte, je préfère le sable d’un désert. Aux logis en rang serrés, je préfère un bivouac sous les étoiles. Aux soirées mondaines, je préfère le rire des enfants. Un temps, j’ai cru que j’étais malade. Inadapté à la vie en société. Je me suis prescrit la lecture de livres de science-fiction. J’ai besoin de clés pour comprendre le monde qui m’entoure. Certains auteurs de science-fiction, comme George Orwell ou Ray Bradbury, mais aussi d’autres écrivains comme Sylvain Tesson ou Antoine de Saint-Exupéry m’accompagnent sur ce chemin. Notamment quand ils évoquent la liberté, le besoin de la défendre, de la préserver. L’amour aussi. J’ai pensé, naïvement peut-être, que ce pourrait être utile de partager mes réflexions et mes choix littéraires dans le domaine de la science-fiction. Donner quelques pistes de lecture, proposer une ou deux boites à outils pour tenter de trouver sa place dans ce monde toujours plus vif et incertain.

À propos, le nom de ce site, « vous, humains » est librement inspiré de l’énigmatique monologue de Roy Batty, le répliquant interprété par Rutger Hauer, à la fin du Blade Runner de Ridley Scott. Film lui-même librement inspiré du roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »

« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. » 

Cette scène mythique a nourrit l’imaginaire de milliers de gamins à travers le monde. Des gamins qui, comme moi aujourd’hui, aliment peut-être un blogue de science-fiction pour rendre hommage à celui qui a allumé cette petite flamme en eux. Je crois qu’en littérature, comme avec le cinéma, il n’y a pas de vérité. Simplement une émotion que l’on peut transmettre. Partager. Peut-on partager autre chose ?