En matière de science-fiction, la littérature et le cinéma sont intimement liés. Tout d’abord parce qu’ils sont né à la même époque. Si beaucoup s’accordent pour qualifier le Frankenstein de Mary Shelley, publié en 1818, de premier roman de science-fiction, c’est surtout avec Jules Verne et H.G. Wells, à la fin du XIXe siècle, que la littérature de science-fiction acquiert ses lettres de noblesse. Les frères Lumière déposent le brevet du cinématographe le 13 février 1895. Et ces nouveaux nés ne tarderont pas à convoler en juste noce avec « Le voyage dans la lune » de Georges Méliès en 1902. C’est ce film, devenu culte, qui introduit la science-fiction au cinéma.

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Dès 1907, le même Méliès réalise une version muette de « Vingt mille lieues sous les mers ». Richard Fleischer propose un remake, le plus fameux du livre de Jules Verne, en 1954. Ce film, avec l’inquiétant James Mason dans le rôle du capitaine Nemo et l’éblouissant Kirk Douglas dans le rôle de Ned Land, a fait frissonner des générations d’adolescents. L’autre grand auteur de science-fiction de la fin du XIXe siècle, H.G. Wells, ne tarde pas, lui aussi, à être adapté au cinéma. Dès 1919 une version de « Les Premiers Hommes dans la Lune » est tournée. Malheureusement, les négatifs et les copies sont aujourd’hui perdus. En 1953, Byron Haskin réalise une première version de « La guerre des mondes ». Et tous ses romans de science-fiction, ou presque, suivront. « La machine à explorer le temps », « L’île du docteur Moreau », « L’homme invisible ». Steven Spielberg tournera un remake de « La guerre des mondes » en 2005.

La lune de miel n’a jamais cessée. La littérature de science-fiction inspire le cinéma qui le lui rend bien puisque dans ma liste de dix livres, deux furent d’abord des scénarios. Et dans cette même liste, sur neuf livres, si je mets à part le recueil de nouvelles, six furent adaptés au cinéma ! Le plus célèbre étant « 2001 : L’odyssée de l’espace ». Pour autant, il serait faux de ne voir dans cette longue association qu’une idylle sans orages. Au contraire, la grande majorité des adaptations de romans de science-fiction furent au mieux des échecs commerciaux, au pire des films ratés. L’un des derniers navets en date, « La Stratégie Ender » de Gavin Hood (2013) adapté du roman éponyme d’Orson Scott Card.

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Le nombre d’adaptations à retenir ne franchit pas le cap de la dizaine. Certains films ont vieilli. Le plus souvent, les transcriptions à l’écran ne tiennent par leurs promesses. Les studios américains, presque les seuls en mesure de financer des projets de ce genre, privilégient l’action au détriment de la part réflexive et de la complexité des personnages qui constituent pourtant la moelle épinière des livres. Les fins heureuses, quasi systématiques pour nos amis américains qui supportent assez mal l’indigestion de pop-corn, trahissent souvent l’intention de l’auteur, parfois du réalisateur et/ou du scénariste, et mettent en péril l’équilibre de l’oeuvre. Le plus souvent, les films que l’on retient, « Alien » de Ridley Scott (la version de 1979), « Bienvenue à Gattaca » d’Andrew Niccol, « L’Armée des douze singes » et « Brazil » de Terry Gilliam ou, dans une moindre mesure, les deux premiers épisodes (épisodes IV et V) de « La Guerre des étoiles », le premier épisode de la trilogie « Matrix » ou encore « Dark City » d’Alex Proyas, ne sont pas directement adaptés d’un roman.

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Les rares adaptations de romans qui ont traversé le temps, « Blade Runner » de Ridley Scott inspiré du roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », « 2001 : L’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick dont le scénario fut écrit conjointement par Arthur C. Clarke (qui le transforma en roman) et le réalisateur ou encore « Vingt mille lieues sous les mers » de Richard Fleischer (1954), semblent un bien maigre butin en comparaison des sommes engagées et des espoirs placés dans la littérature de science-fiction par le cinéma.

Finalement, l’une des meilleures transcriptions à l’écran reste peut-être le film « Premier contact » du réalisateur canadien Denis Villeneuve. Ce film, sorti fin 2016, est adapté d’une nouvelle de Ted Chiang, « L’Histoire de ta vie ». Les nouvelles, de par leur format court, se prêtent mieux au passage du texte à l’écran. D’autant que, pour une fois, le réalisateur, outre un choix d’acteurs judicieux, a évité l’écueil du grand spectacle pour privilégier la relation intime qui se noue entre la linguiste et les visiteurs d’une autre planète. Mais je raconte tout ceci en détail dans une chronique.

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