Retour sur Titan

  • Préambule

Que se passe-t-il sur Terre, deux semaines après la publication de Sérotonine, le dernier roman de Michel Houellebecq ?

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Pas grand chose me diriez-vous, tant l’omnipotent représentant de la nouvelle littérature française parvient à occuper tout l’espace vide de nos bonnes vieilles librairies. La nature en a horreur, qu’à cela ne tienne, une pyramide de livres ici, une longue table avec l’intégrale-du-tout-meilleur-du-début-à-maintenant de Michel là, une séance de dédicace plus loin. Il est partout. Comble les espaces. L’ubiquité faite homme en quelque sorte. Mais je vous rassure, je finirai ma soupe et je lirai le dernier Houellebecq, c’est promis !

En attendant, je vous propose un détour par Titan, histoire de voir si sous cette atmosphère dense et inhospitalière ne se cacherait pas un représentant de la littérature de genre.

  • Stephen Baxter, Titan et Wikipédia

« Retour sur Titan » est un livre publié en 2010 en Angleterre, mais seulement en 2018 en France par Le Bélial dans la collection « Une heure-lumière ». Il est court, 157 pages, mais charnu. Stephen Baxter ne ménage pas ses efforts pour proposer un récit à la fois dynamique et empli de références géologiques, météorologiques, physiques, etc. avérées par la communauté scientifique. Il nous raconte l’histoire de quatre hommes et une femmes qui partent explorer Titan, pour tenter d’en exploiter les richesses. Pour valider leur droit d’exploitation, ils doivent prouver que ce gros cailloux n’héberge pas de vie ou quelque chose pouvant s’y apparenter…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Titan, le plus grand satellite de Saturne, inspire les romanciers et les astronomes. Dans mes trois premiers articles de cette catégorie, deux parlent de Titan (Shangri-La et celui-ci). L’attirance pour cette (très) grosse lune est en partie justifiée dans l’introduction de l’article de Wikipédia sur Titan. Pour vous éviter de tout lire, j’ai passé en gras et souligné les passages importants.

« Avec un diamètre 6 % plus grand que celui de Mercure, Titan, aussi appelé Saturne VI, est par la taille le deuxième satellite du système solaire, après Ganymède. Il s’agit du seul satellite connu à posséder une atmosphère dense. Découvert par l’astronome néerlandais Christian Huygens en 1655, Titan est la première lune observée autour de Saturne.

Titan est principalement composé de roche et d’eau gelée. Son épaisse atmosphère a longtemps empêché l’observation de sa surface, jusqu’à l’arrivée de la mission Cassini-Huygens en 2004. Cette dernière a permis la découverte de lacs d’hydrocarbures liquides dans les régions polaires du satellite. Du point de vue géologique, la surface de Titan est jeune ; quelques montagnes ainsi que des cryovolcans éventuels y sont répertoriés, mais cette surface demeure relativement plate et lisse, avec peu de cratères d’impact observés.

L’atmosphère de Titan est composée à 98,4 % de diazote et à 1,6 % de méthane et d’éthane. Le climat — qui comprend des vents et de la pluie de  méthane — crée sur la surface des caractéristiques similaires à celles rencontrées sur Terre, telles des dunes et des côtes. Comme la Terre, Titan présente des saisons. Avec ses liquides (à la fois à la surface et sous la surface) et son épaisse atmosphère de diazote, Titan est perçu comme un analogue de la Terre primitive, mais à une température beaucoup plus basse. Le satellite est cité comme un possible hébergeur de vie extraterrestre microbienne ou, au moins, comme un environnement prébiotique riche en chimie organique complexe. Certains chercheurs suggèrent qu’un possible océan souterrain pourrait servir d’environnement favorable à la vie. »

Quand on ouvre ce court roman de Stephen Baxter, écrivain britannique de science-fiction né en 1957, on se dit que le bonhomme a probablement consulté la page de cette fameuse encyclopédie en ligne. Tous les éléments, « lacs d’hydrocarbures, cryovolcans, composition de l’atmosphère, saisons, pluie de méthane, océan souterrain » et surtout « possibilité de vie extraterrestre », y figurent. Et ce n’est pas un hasard puisque cet auteur prolifique (160 nouvelles, 30 romans), qui a gagné plusieurs prix (Locus, Philip K. Dick,…) étudia à Cambridge les mathématiques, la physique et l’informatique et passa des tests de sélection en 1991, pour devenir cosmonaute. Il échoua, ce qui fit de lui un écrivain.

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Cette passion pour l’espace, la technologie et la science l’a naturellement amené dans la catégorie « hard science-fiction » (Oui, la sience-fiction a ses propres sous-catégories). Autrement dit, des auteurs qui fondent leurs écrits sur des informations validées par la communauté scientifique. En y ajoutant un peu d’imaginaire, sinon ce serait bien ennuyeux. Comme cette histoire est courte, l’intrigue est tendue. L’auteur avance en tenant pour certain que le lecteur connait la signification d’un trou de ver (dont l’existence aurait été suggérée par Albert Einstein et Nathan Rosen) phénomène qui est accessoirement le gagne-pain du chef de cette mission, qu’il est familier avec des idées aussi farfelues que le téléchargement des consciences (personnalité, mémoire, etc.) sur une machine, puisque le récit débute avec cette idée, que la biochimie du vivant n’a pas de secret pour lui et ainsi de suite.

  • Mon avis

Pour autant, ce livre est d’un abord simple. Le style y aide et quand c’est nécessaire, l’auteur apporte quelques précisions. Le narrateur, Jovik Emry, est piégé par le commandant du vaisseau, Harry Poole, qui a besoin de lui pour poser une navette sur Titan. Jovik est censé surveiller cette lune et en interdire l’accès à toutes personnes non accréditées. Notre « surveillant » raconte cette histoire à la première personne, sans que le récit soit particulièrement introspectif, puisque ponctué de nombreux dialogues. Les descriptions, quant à elles, sont au service de l’intrigue. L’ensemble reste cohérent, bien que trop chargé à mon goût. En outre, il manque à Stephen Baxter, un souffle, une flamme, quelque chose qui nous donnerait vraiment envie d’accompagner ses personnages à l’autre bout du système solaire. Or là, on a plutôt envie de les abandonner à leur triste sort.

  • Conclusion    (pour la description de Titan)

Néanmoins, et c’est un peu le paradoxe avec ce type d’ouvrage, l’ensemble n’est pas dénué d’intérêt. Si l’on est curieux, ce qui est mon cas, on est au moins retenu par la vision réaliste et documentée de cet objet situé à près de 1400 millions de kilomètres de la Terre, puisque l’on ne l’est pas par l’intrigue somme toute assez « banale ». D’une certaine manière, cette novella est un tour de force : la métamorphose d’une centaine de livres d’astronomie en un court roman de science-fiction. Ce genre singulier qu’est la SF milite pour ce type de performance. Sans un minimum de curiosité, d’attrait pour les sciences, il est délicat d’aborder cet univers aux limites indéterminées. Malgré tout, la richesse du genre permet toutes les expériences et autorise tout type de lecture. Chacun y trouve son compte.

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