1968 fut une grande année pour la science-fiction avec la publication de « 2001 : L’odyssée de l’espace », « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » et « La nuit des temps ». Une grande année aussi pour les fabricants de pavés que les étudiants consommèrent avec avidité. Pour l’anecdote, une révolte étudiante est évoquée dans l’ouvrage de Barjavel. Pour éviter tous problèmes, il dût prouver que la date d’écriture de son ouvrage était bien antérieure aux évènements de mai 68. René Barjavel dit Barjavel est le second auteur français de ma liste. Et il serait faux de croire qu’il ne fut là que pour contrer l’omniprésence des auteurs de langue anglaise. Barjavel est et restera comme l’un des grands écrivains français du XXe siècle, considérations de genre mises à part. Et il le doit autant à son style qu’à la qualité de ses histoires.

9263003959_20b2afe9f1_bDans ce livre, une mission d’exploration polaire française découvre un étrange objet en sondant le sous-sol glacé de l’Antarctique. Une mission créée sous l’égide de l’ONU et faisant appel à des scientifiques du monde entier est sur le point de révéler ce qui pourrait être la plus grande découverte de l’histoire de l’humanité. Neuf mille ans avant notre ère, une civilisation, plus évoluée que la nôtre, a prospéré. Sous la glace, endormis, deux de ses plus illustres représentants attendent d’être réveillés pour révéler au monde leur secret.

Dans ce roman devenu un classique, l’auteur entrecroise des mythes séculaires à la lumière des craintes de son époque, comme la guerre nucléaire. À l’identique du livre d’Arthur C. Clarke, ce roman débute par l’écriture d’un scénario de 42 pages, commandé par son ami le réalisateur André Cayatte. Le projet ne trouvera finalement pas de financement et Barjavel transformera son scénario en roman. Paru en 1968, il y a 50 ans, il n’a pas pris une ride !

À la fois roman épistolaire, d’aventure, épopée temporelle, tragédie shakespearienne, ce livre foisonnant et inventif captive de bout en bout. Et si certains détails relatifs à la mission d’exploration polaire pourraient nous apparaître comme datés, ils n’occultent en rien l’indéniable qualité littéraire de l’oeuvre et la justesse de la narration. Après une première lettre dont le sens, énigmatique, ne se révèlera qu’au travers de l’épilogue, Barjavel nous plonge dans un inoubliable voyage dans l’espace (sous la glace) et dans le temps (civilisation disparue). On en sort enthousiasmé et ému. Profondément.

En fin de compte, René Barjavel, ce fils de boulanger, tout juste bachelier, qui exerça de nombreux petits boulots avant de vivre de sa plume, prouve, si besoin était, qu’il n’est pas nécessaire d’être un anglo-saxon et/ou un éminent scientifique pour devenir l’un des plus grands écrivains de science-fiction. Ce n’est donc pas un hasard s’il clôture ma liste.