Philip K. Dick a écrit des nouvelles. Au kilomètre. Et ce serait une erreur grossière de passer à côté. D’une part parce que ces histoires, toutes très différentes, sont de petites perles narratives. D’autre part, parce que la quasi-totalité des auteurs de science-fiction a débuté par l’écriture de nouvelles. Se contenter des romans, c’est oublier une grande partie du travail de ces écrivains. D’ailleurs, si en France l’on privilégie les romans, de l’autre côte de l’Atlantique les recueils de nouvelles ont toute leur place au sein des librairies de quartier. À titre personnel, je considère que l’écriture d’une nouvelle est le plus sûr moyen d’accéder à l’expression littéraire. Si l’on se révèle incapable d’écrire une histoire courte, qui, figée par les contraintes, stimule l’imagination, alors il y a peu de chance que l’on puisse produire un roman de qualité.

unknown« Un vaisseau fabuleux » n’est pas un livre de ce fascinant auteur américain dépressif, angoissé et accro aux amphétamines qui stimulaient sa créativité. Mais l’un des très nombreux recueils de nouvelles constitués après sa mort, en 1982. L’homme fit d’ailleurs plusieurs séjours en clinique psychiatrique. Ce n’est donc pas pour rien qu’il s’amusait à triturer la frontière entre l’humain et le non-humain comme dans « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » qui inspira le « Blade Runner » de Ridley Scott ou la frontière entre réel et virtuel comme dans « Ubik » qui inspira des réalisateurs comme Christopher Nolan dans « Inception ». Le recueil « Un vaisseau fabuleux » est édité par Gallimard dans la collection folio SF. Il regroupe 12 nouvelles publiées dans des journaux et des magazines entre 1952 et 1954. Il existe l’intégrale des nouvelles de Philip K. Dick en deux volumes, mais ce sont des pavés très chers et presque introuvables.

Il y a quelques mois, au cours de l’émission « Vos livres et vous » de la chaîne LCP, Sylvain Tesson, grand écrivain voyageur, évoquait deux de ses livres de chevet : « Les fleurs du mal » de Baudelaire et Les nouvelles de Philip K. Dick. Écrivain qu’il qualifiait de visionnaire. Il reste, encore aujourd’hui, une source d’influence pour de très nombreux cinéastes (plusieurs de ses romans furent adaptés au cinéma), écrivains et artistes qui se questionnent sur la nature du monde qui les entoure. Et pour achever de vous convaincre de l’importance du bonhomme dans la littérature américaine et mondiale, sachez que Philip K. Dick est le premier et l’unique auteur de science-fiction publié au sein de la prestigieuse collection classique de la Library of America, équivalent américain de La Pléiade.

Ces douze nouvelles, écrites au début de sa carrière, sont comme douze clés pour aborder l’univers singulier de Philip K. Dick. On voyage dans le temps, surtout dans l’espace et l’on aborde des sujets aussi divers que la réalité, la conscience, la culpabilité… Du charme désuet de la nouvelle « Le canon » à l’étrange histoire qui a donné son nom au recueil, Philip K. Dick surprend, fascine et captive à chaque page.

satellite_science_fiction_195612Les nouvelles de ce recueil sont contrastées, mais Philip K. Dick, qui n’est pas le plus flamboyant des auteurs de SF, trouve toujours une issue au moyen d’une narration rythmée et surprenante. Il ne s’embarrasse jamais d’un préambule et rarement d’une chute. Il entame le plus souvent ses nouvelles par un dialogue au coeur de l’action et pour terminer, il coupe net, comme un boucher dans un quartier de viande. Il n’a pas non plus le souci du réalisme ou de la vérité scientifique. Il balance des êtres vivants sur à peu près toutes les planètes du système solaire et se sert de ce postulat comme prétexte à ses intrigues. Pour autant, Philip K. Dick, avec ses histoires courtes et cette impression fugace de ne pas y toucher, parvient à aborder avec brio des sujets aussi majeurs que la réalité, la vie, la conscience… Alors, pourquoi se priver ?