Enfant trouvé, le jeune héros, Horty Bluett est renvoyé de l’école à l’âge de 8 ans parce qu’il mange des fourmis en cachette. Horty s’enfuit de sa famille d’accueil, où il est maltraité par son beau-père, avec Junky, son diable à ressort. Il est recueilli par des forains membre d’un cirque ambulant. À sa tête, un médecin qui hait l’humanité, Pierre Ganneval, surnommé « le Cannibale », lequel collectionne des cristaux capable de rêver, de penser et de souffrir… Une grande fable humaniste sur la tolérance et l’identité.

Avec ce roman, on est à la frontière entre le fantastique et la science-fiction. Et même si l’auteur parvient à maintenir le suspense pratiquement jusqu’au terme de l’histoire, on comprend très tôt que l’intrigue déroulée sous nos yeux ne concernera qu’un nombre réduit de personnages vivants sur Terre, à notre époque (l’époque n’a en fait aucune importance). Car le thème de ce roman n’est pas d’anticiper le futur, plutôt de réfléchir à la notion d’identité.

4624590564_c121971e52_bQu’est-ce qui nous définit en tant qu’être humain ? Notre apparence ? Notre affiliation par la naissance (nous savons aujourd’hui qu’une part très réduite de nos gênes appartient à l’homme de Neandertal) à l’espèce humaine ? Nos choix, ce que nous accomplissons ?

Pour répondre à ces questions, Théodore Sturgeon choisit le monde du cirque. Un univers peuplé de monstres, d’êtres difformes, rejetés parce qu’ils sont en décalage par rapport à une norme fixée par le plus grand nombre. Et pour dérouler son intrigue, il accompagne le difficile parcours d’un enfant, atypique et brimé par ses parents adoptifs, de la fuite de son domicile jusqu’à l’âge adulte. Un relation triangulaire et ambiguë se noue entre Horty, Zena qui l’a pris sous sa coupe lors de son arrivée dans la troupe et l’inquiétant Ganneval. Les cristaux, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi, semblent être la clé du mystérieux lien qui relie ces personnages entre eux.

Théodore Sturgeon parvient, grâce à des personnages forts décrits avec sensibilité et précision, à nous embarquer dans un monde étrange et fascinant. Il sème, avec aisance, de fausses pistes, mais dénoue toujours l’intrigue de manière didactique. Il ne cherche pas à perdre le lecteur, plutôt à le dépouiller lentement de ses certitudes. Qu’il admette, peu à peu, que la vérité d’un homme ne tient pas tant dans ce qu’il paraît être, qu’à ce qu’il est au travers de ses choix, de ses actes.