Un homme, Gilbert Gosseyn (dérivé du terme anglais « Go Sane » qui signifie sain d’esprit) évolue dans une société située dans un futur proche et dirigée par une élite possédant des conceptions philosophiques évoluées, que l’on appelle non-A (non aristotéliciennes). Les postes sont régulièrement remis en jeu par l’intermédiaire d’un concours organisé par une gigantesque machine, qui teste les candidats. Gilbert Gosseyn est refoulé et se rend compte qu’il n’est pas celui qu’il croyait être. Pire, il peut changer de corps tout en gardant sa « conscience » assimilée à sa mémoire. Il comprend qu’il dispose de capacités hors normes qu’il devra utiliser pour vaincre ses ennemis qui veulent le faire disparaître et détruire ce monde.

Ā ou non-A désigne un système de pensée non-aristotélicien et non-newtonien comme le rappelle l’auteur dans sa postface. Le monde du non-A est un court roman qui initie le cycle du Ā, une trilogie qui outre ce livre comprend « Les joueurs du Ā » et « La fin du Ā ».

Ce premier tome porte sur l’identité et ce qui la définit :                                                              

– Notre corps ? Celui du héros, Gilbert Gosseyn, ne cesse de changer, de se « métamorphoser ». 

– Notre esprit ? Est-il caractérisé par notre mémoire du temps qui passe, des évènements vécus, des rencontres qui jalonnent notre existence ? 

– Notre rapport aux autres ? Et quelle part de vérité doit-on attribuer à ce qu’ils nous disent ou ressentent ?

Par extension, il s’agit d’un roman sur la vérité qui, pour un homme borné par son système nerveux, apparaît comme parcellaire, limitée dans la perception que chacun peut en avoir. Un homme découvre qu’il n’est pas ce qu’il croyait être et va se lancer dans une quête, parsemée de rebondissements et de métamorphoses, à la recherche de son identité. Accessoirement, il va tenter de sauver le monde.

Ce livre remporta en son temps, début des années 50, un grand succès en France et participa à la démocratisation d’un genre qui ne s’est depuis lors pas démentie. Alfred Elton Van Vogt, le seul canadien de ce classement, privilégie l’action et les interactions entre les personnages pour faire progresser son récit. Il ne lâche pas le lecteur, qui n’a comme point d’accroche qu’un bonhomme qui se demande constamment qui il est et s’interroge sur la réalité qui l’entoure. L’expérience est intrigante. Extrêmement novatrice pour l’époque. Ce roman connaîtra à l’époque un grand succès en France. Par contre, et c’est le gros point noir du livre, la traduction de Boris Vian est de mauvaise qualité. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a empêché de nombreux auteurs de science-fiction du début du XXe siècle d’obtenir davantage de reconnaissance auprès des critiques. Depuis, la qualité et le nombre de traducteurs se sont accrus et certains classiques de la SF, comme « 1984 », font l’objet de nouvelles traductions.