Depuis la planète Mars, de puissants canons envoient, au sud de Londres, d’étranges cylindres d’acier. Les terriens, au départ curieux, constatent rapidement que ces projectiles contiennent d’affreuses et gigantesques machines de métal et de chair, des tripodes. Désormais, ces monstres vont, au moyen d’un puissant rayon ardent, exterminer tout ce qui s’apparente de près ou de loin à un être humain. Un jeune astronome qui tente d’échapper au massacre programmé par ces ennemis venus d’un autre monde, raconte sa version de l’apocalypse.

Herbert George Wells, dit H.G. Wells est une figure majeure de la littérature anglaise de l’ère victorienne finissante et de la première moitié du XXe siècle. Selon le romancier Brian Aldiss il fut « le Shakespeare de la science-fiction« . Ainsi, bien qu’il ait abordé des genres très différents, ce sont ses romans de SF que l’on retient aujourd’hui.

Et c’est entre 1895 et 1899 qu’il va produire ses oeuvres les plus emblématiques « La machine à explorer le temps », « L’île du Dr Moreau », « L’homme invisible » et bien sûr « La guerre des mondes » qui prolonge la réflexion sur la fin de l’humanité abordée dans « La machine à explorer le temps ». Et d’une certaine manière, cette histoire n’est pas tant un récit de science-fiction, qu’une chronique d’une déchéance annoncée par l’avènement de la société industrielle et une critique des massacres commis au nom de la colonisation. Ce livre ne cessera de fasciner les lecteurs, mais aussi les intellectuels comme Orson Welles qui, en 1938, parvint à créer un petit vent de panique aux États-Unis en adaptant pour la radio cette invasion martienne destructrice.

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Lorsque l’on découvre ce livre, il faut garder à l’esprit sa date de publication : fin du XIXe siècle, au coeur de l’époque victorienne. En effet, ce roman s’adresse au départ à des lecteurs britanniques pétris d’orgueil et de certitudes. Les envahisseurs sont évidemment bien plus évolués que nous, bien qu’ils soient nos proches voisins puisqu’ils viennent de la planète Mars grâce au tir d’un puissant canon (à la différence de Jules Verne, H.G. Wells n’envisageait pas encore les voyages spatiaux). Toutefois, ils ne viennent pas nous rendre une visite de courtoisie, mais nous anéantir. Cette vision de l’étranger, au sens large du terme puisqu’il s’agit ici de l’habitant d’une autre planète, se perpétuera. Encore aujourd’hui, le monde scientifique reste divisé sur cette question. Si des êtres intelligents venant d’un autre système entraient en contact avec nous, seraient-ils hostiles ou amicaux ?

De mon point de vue, répondre à cette question relève de l’anthropomorphisme. Autrement dit, prêter à des animaux, ici à des extraterrestres, des sentiments humains. En envoyant dans l’espace intersidéral la sonde Voyager 1 qui porte un message symbolique de l’humanité (notre position, nos langages, notre apparence…) en 1977, la communauté scientifique a en partie répondu. Et je crois aussi que si des êtres intelligents étaient en capacité de parvenir jusqu’à nous, ce que la théorie de la relativité d’Einstein rend inenvisageable, c’est qu’ils auraient, depuis longtemps, dépassé nos stupides prédispositions guerrières. Et en tout état de cause, il est probable que nous n’en sachions jamais rien.

3778730672_0991c46cf3_zH.G. Wells choisit de raconter son histoire au travers de deux témoins. Deux frères qui ne se croiseront pourtant jamais durant le récit. Le premier se servant des souvenirs du second pour enrichir sa version. Cela fonctionne, notamment lors de la description de la fuite erratique des Londoniens qui, effrayés et dépourvus de tous repères, en viennent à se comporter comme des animaux. Aussi, lorsque le héros rentre dans une capitale dévastée et vidée de tous ses habitants. L’action, quant à elle, se déroule sur un mois durant lequel le courage et surtout la chance permettent à quelques individus de survivre.

Sur la forme, on est dans du très classique. Passé simple. Longues descriptions. Sentiments de classe. Bref, une écriture typique de cette époque. Malgré tout, les moments où le héros s’interroge sur le devenir de l’espère humaine ne sont pas dénués d’émotion. L’ensemble donne un roman équilibré et novateur (pour l’époque). Cette lecture est un passage obligé pour qui veut s’intéresser à la SF, comme le fut la lune dans le lent processus qui conduira l’homme de la Terre à l’espace lointain…